FUCK TOUTE, un show dans le noir

  1. Sortir de l’emprise de l’image

 Les spectateurs entrent un par un dans la première loge. On leur fait enregistrer une phrase qui, prise seule, ne veut pas dire grand-chose. Ils en sortent. Quinze par quinze, ils entrent dans la deuxième loge. Là, on les fait crier de joie, dire des phrases de saoulons, gueuler « Bonne Saint-Jean ». On les enregistre. Ils pénètrent enfin dans la salle : pas de sièges. Une quinzaine de hamacs, un grand espace rempli d’un énorme tas de coussins : évachez-vous où vous voulez, c’est dans la posture du rêve que vous écouterez les mots et les sons que nous avons préparés.

Les lumières s’éteignent. On ne distingue plus notre propre main devant nos yeux. Ça commence.

Les textes de Fuck toute ont été pris sur des blogues anonymes québécois ainsi que dans les ouvrages anonymes du Comité invisible. Ces paroles littéraires ont toutes en commun de faire ressortir l’état de nos communautés, en voie de disparition à force de glisser dans l’atomisation des individus et dans l’obsession du travail. Leur message récurrent, sis dans un univers de mensonge, est criant de poésie : « S’attacher à ce que l’on éprouve comme vrai. Partir de là. » On a fabriqué, avec ces textes, des scènes drôles, émouvantes ou philosophiques, un véritable théâtre invisible.

Aux mots se mêlent des créations ambiophoniques précises, puissantes. Le spectateur se retrouve tour à tour au milieu d’une manif, au coeur de la forêt, chez Boulevard Toyota, dans une chambre d’enfant, au téléphone avec des courtiers 1306750-fuck-toute-spectacle-sonore-sans.jpgd’assurances, etc. Avec des montages sonores créés, entre autres, à partir du brouhaha médiatique monstre qui inonde constamment nos vies et notre pensée, nous plongeons dans ce qu’est véritablement devenue notre culture, et nous la regardons avec une désolation tendre, jamais accusatrice. Surtout, nous mettons plus d’une fois le public à l’avant-plan. Puisque la culture, justement, ça ne se passe pas sur une scène mais entre des humains. Le temps d’un spectacle, nous créons un sentiment de communauté entre les gens qui se sont ramassés dans la salle ce jour-là.

Dans Fuck toute, nous racontons l’histoire collective qui s’écrit sous nos yeux. Ce n’est pas une écriture pour les enfants. Il y a de la colère et du mépris pour ces gamblers qui soumettent ciel et terre à leur maladie mentale. Cette colère et ce mépris, nous les partageons. Nous avons appris que ce n’était pas civilisé de les partager, mais nous tentons l’expérience quand même, parce qu’une dose infinie de tendresse est cousue à cette colère et que cette tendresse, nous en avons besoin.

La maladie, la fatigue, la dépression, peuvent être prises comme les symptômes individuels de ce dont il faut guérir collectivement. Nous ne sommes pas déprimés, en fait. Nous sommes en grève. Notre inadaptation, notre fatigue ne sont des problèmes que du point de vue de ce qui veut nous soumettre. C’est bien pour cela que cette société ne craint pas d’imposer le Ritalin à ses enfants trop vivants, tresse à tout va des longes de dépendances pharmaceutiques et prétend détecter dès trois ans les « troubles du comportement ». Parce que c’est l’hypothèse du Moi qui partout se fissure.
– Fuck toute

  1. Un gros succès à Québec, supposée ville de douchebags

Peu avant la première de notre première série de représentations à la Maison de la littérature, à Québec, La Fabrique culturelle de Télé-Québec s’est intéressée à Fuck toute et, grâce à une petite capsule réalisée par Mario Picard, a propulsé notre événement sur le devant des fils facebook pendant plusieurs jours. Au même moment, Premier Acte lançait sa saison 2016-2017, dont nous ferions partie, et le Voir nous mettait en vitrine : « FUCK TOUTE et 10 autres pièces à voir à Premier Acte ». Notre délicieux visuel, créé pour nous par le peintre bien connu de Québec Pierre Bouchard, couronnait l’article. Nous étions gâtés, nous qui n’avions que 6 soirs de programmés dans la saison de Premier Acte.

C’est ainsi que la Maison de la littérature a vendu tous les billets avant la première, du jamais vu là-bas. Elle a dû ouvrir, ébahie, une supplémentaire. Le bouche-à-oreille était excellent, mais ça ne changeait rien pour nous : les billets étaient tous vendus. On se frottait les mains en se disant qu’à Premier acte, ça serait plein. « On mettra des supplémentaires! » nous a lancé le directeur de Premier Acte en constatant l’ampleur du buzz. C’est ainsi que le nombre de représentations est passé de 6 à 11. Le soir de la première à Premier Acte, 97% des billets de toute la run étaient déjà vendus. Nous surbookâmes donc chacune des 11 représentations. On s’est mis à parler de reprise, de tournée…

Côté groupes scolaires, Fuck toute a vendu 300 places à des professeurs du cégep et du deuxième cycle du secondaire. La réaction des étudiants a été extrêmement… adulte. Nous leur parlions d’un monde qu’ils connaissent intimement, et ils ont intensément embarqué dans l’expérience, sans l’ombre d’un sarcasme. Vous trouverez leurs critiques, récoltées par les enseignants, dans notre dossier de presse.

Emballées, les profs du collégial reproduiront l’expérience avec leurs groupes l’an prochain : ils ont racheté le show pour l’automne 2017. Vu les guichets fermés de nos deux premières expériences de diffusion, une reprise du spectacle est prévue à Premier Acte à cette période. Avant même que nous n’ayons entamé les démarches de tournée, des diffuseurs de Montréal et de… Paspébiac! nous signifiaient leur intérêt à diffuser notre spectacle dans leur ville.

  1. Les artistes
    12492028_10156560499500532_3793517622442540320_o.jpg

Catherine Dorion est diplômée en art dramatique (Conservatoire de Québec), en Relations internationales (UQÀM) et en War Studies (King’s College de Londres). Aujourd’hui auteure, artiste et militante, elle s’est fait connaître par le buzz de ses vidéos virales lors des campagnes électorales de 2012 et de 2014. Elle a travaillé notamment comme assistante à la mise en scène pour Robert Lepage, chroniqueuse à Plus on est de fous, plus on lit (Radio-Canada), au journal Le Carrefour de Québec et sur le site du Journal de Québec, ainsi que comme comédienne sur plusieurs productions. Elle a participé à plusieurs ouvrages collectifs, a publié en 2014 chez Cornac son recueil « Même s’il fait noir comme dans le cul d’un ours » et publie ce printemps un essai dans la collection « Documents » chez Atelier 10 (Nouveau Projet). Sa carrière a évolué de façon anarchique, toujours en élan au-dessus de plusieurs cases. Toujours, elle tourne autour de ce dont il est question dans Fuck toute. C’est une recherche globale qui s’exprime de plusieurs manières.

15675707_10155522947282506_4436828494524922799_o.jpg

Mathieu Campagna, compositeur et multi-instrumentiste qui a travaillé sur autant de types de spectacles qu’il peut en exister ainsi que sur plusieurs films documentaires et de fiction, avait de l’expérience dans le noir : c’est lui qui, avec Miriane Rouillard, a mis en scène et produit le spectacle « Opium », franc succès d’expérience théâtrale et musicale. Ce spectacle, qui a été présenté au Mois multi 2014 à guichets fermés et repris en 2015 avec tout autant de fréquentation, invitait le public à se prélasser l’esprit dans le noir (hamacs, fauteuils, coussins énormes disséminés dans la salle) et à se laisser envelopper par une musique qui les emportait dans le rêve. L’enthousiasme marqué du public lui a donné l’idée d’aller plus loin dans l’expérimentation et de mettre cette fois-ci les mots à l’avant-plan.

TEXTES : Comité invisible, Blogue Fuck le monde, Blogue flegmatique d’Anne Archet, Blogue pensées pour jours ouvrables, et d’autres

La parole contenue dans ce spectacle n’a pas d’auteurs. Ceux qui l’ont ramassée ne l’ont pas écrite; ils se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux communs de l’époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n’ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont fait les scribes de la situation. C’est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène, en bonne logique, à la révolution. Il suffit de dire ce que l’on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion.
Fuck toute

  1. Dossier de presse

Fuck toute : un spectacle sonore et… invisible, LA FABRIQUE CULTURELLE (vidéo)

Fuck toute : le cri, Simon Lambert, LE DEVOIR

Fuck toute : une hyperbole poético-trash qui fait du bien!, Julie Pelletier, INFO-CULTURE.BIZ

Fuck toute : Réflexions dans le noir, Josée Guimond, LE SOLEIL

Trois questions à… Fuck toute, Geneviève Bouchard, LE SOLEIL

Fuck toute : piétiner son petit confort, Mickaël Bergeron, VOIR

Critiques des étudiants du Cégep Garneau

 

5. La captation complète du show

par Pierre Bouchard

 

Advertisements